Manar Bilal – atelier photo avec un artiste syrien

Intervention dans une école du centre-ville d’Orléans avec une classe de cycle 3 (enfants de 10-11 ans) et des étudiants de la faculté d’éducation de l’université d’Orléans, réalisée en 2018 avec un photographe syrien, réfugié politique : Manar Bilal.

L’intervention de Manar Bilal s’est déroulée en deux temps :

  • D’abord l’artiste a présenté et commenté ses photographies prises dans les camps de Jordanie, de Turquie et du Liban où il lui-même resté plusieurs mois.

Les élèves ont été répartis en 4 groupes de 3 à 4 élèves. Dans chaque groupe, ils ont pu échanger sur leur connaissance de la photographie de et l’utilisation d’un appareil photo. Certains élèves avaient déjà utilisé un appareil photo, d’autres n’avaient pris des photos qu’avec un téléphone portable. Enfin, un élève n’avait jamais pris de photos.

  • Il a ensuite convié les enfants à faire un retour – en photographie – sur leur quotidien d’enfant à l’école en France. Les élèves ont manipulé l’appareil photo. Ils ont notamment pu observer la différence d’utilisation entre un téléphone portable.

puis sur leurs jeux pendant les récréations. Les enfants sont donc sortis et se sont mis à jouer et se sont aussi photographiés pendant que l’artiste lui aussi les photographiait. Ils se montraient leurs images avant d’en réaliser d’autres – ce cours retour analytique leur permettant de modifier leurs jeux et de se déployer dans différents espaces de la cour d’école. La comparaison de leurs photos et celles de Manar Bilal a permis d’observer des différences de cadrage, mais une même attention pour les jeux, la joie de vivre des enfants, ou le grillage.

  • Enfin, un atelier numérique a permis aux enfants de combiner leurs images à celles de l’artiste pour créer des rencontres fictives entre les enfants de France et ceux des camps. Un moment d’analyse verbale a permis aux enfants de réfléchir à leurs conditions de vie et à cette grande question (QSV) qu’est l’accès à l’éducation.

En termes de méthodologie, cette approche des représentations de la migration favorise le débat, la démarche d’investigation à travers le Learning by doing » (faire « à partir des images » et « avec des images » ) en lien avec l’Education au numérique / l’Education aux médias / l’Education à l’Information. Elle permet d’articuler les savoirs, elle prend en compte la diversité, la multiplicité des points. Elle encourage à questionner ses certitudes. Elle conduit enfin à interroger les images et à réfléchir aux évolutions d’une société en mutation.

Cette question de la posture contemporaine face qux images est au cœur des « visual studies », issues des cultural studies, théorisées par William Mitchell, Nicholas Mirzoeff, Stuart Hall, Jessica Evans, Chris Jenks. (discipline relativement nouvelle qui conjugue à la fois l’histoire de l’art, la sociologie, la philosophie, les études en communication etc.)

In a world increasingly mediated by the visual, to understand the production, circulation and reading of visual objects is essential. Visual Studies aim is to interpret the world as a visual domain. It helps mastering the complex languages of visual culture that are fundamental to being an active and engaged citizen of the 21st century. (Mitchell)

La pratique permet de montrer :

  • que l’image est un produit technique, les différentes typologies d’image dépendant de la modalité de leur production, de diffusion et d’archivage : les images produites ici ont permis ici d’aborder à la fois le collage de matériaux, le dessin et la photographie
  • que le subjectif, les émotions et les perceptions sensorielles jouent un rôle essentiel dans la construction et l’interprétation des représentations.
  • que l’art est un outil à ne pas négliger pour aborder ces objets ambigus, liminaires et complexes que sont les images, sachant que l’expression verbale est parfois difficile à maitriser – surtout pour les jeunes enfants.
  • que le visuel participe au réseau d’interdiscours (Garric et Longhi 2013) qui produit du lien social, structure l’espace public participe au pouvoir politique.
  • que l’information que nous recevons détermine nos choix et nos actions
  • que l’ambiguïté, ‘l’indiscipline’ des images (Mitchell) – sans apporter de réponse toutes faites aux questions difficiles – aide à appréhender la complexité et encourage à se positionner de façon singulière et informée pour défendre la société dans laquelle les jeunes sont amenés à s’investir. Mitchell parle de la nécessité de voir les images dans leur ‘turbulence’, leur ‘incohérence’, en termes de ‘chaos’ ou de d’’émerveillement’ en adoptant une manière ‘anarchiste’ de faire les choses … en tant qu’elles doivent révéler leur propre insuffisance. (W.J.T. Mitchell,1995, 12)
  • Que les images sont idéales pour aborder des savoirs émergeants, non encore finalisés, instables. Elles sont incontournables pour permettre à l’école de développer des savoirs vecteurs de rénovation et d’engagement réfléchi.

La culture visuelle ne signifie pas simplement étudier et analyser les images, mais prendre en considération la dimension centrale qu’a pris la vision dans l’expérience quotidienne subjective et, par conséquent, dans les processus de construction et de partage des significations (cf. Van Leeuwen et Jewitt, 2001, p. 62-63).

Blan de compétences de l’atelier:

en arts plastiques

  • compétences techniques : pratique de la photographie numérique (appareil photo + logiciel de traitement d’images).
  • compétences plastiques : approche du portrait photographique et de la notion de contexte
  • compétences culturelles : travailler en collaboration avec un artiste.

compétences transversales :

  • maîtriser la langue française
  • écouter et comprendre un message en anglais (présentation de l’artiste /savoir se présenter / lexique lié à la photographie et au contexte spécifique de la séance)

Les élèves de cette classe sont habitués à entendre l’anglais : présentation de plusieurs rituels en anglais par l’enseignant de la classe et présence d’une intervenante américainedans l’école). Une difficulté est toutefois survenue du fait de la différence d’accent. Les élèves ont dans l’ensemble très bien saisi son propos. Certains mots de vocabulaire important pour la compréhension de la présentation ont été repris : children ; camp ; refugees ; war . Et l’artiste a souhaité particulièrement insister sur le mot « freedom » en faisant le lien avec la devise de la France. L’anglais a continué d’être utilisé pour se présenter (my name is…) et pour décrire l’appareil photo, présent sur la table, en introduisant des termes techniques : camera ; lens ; trigger ; flash ; zoom ; to shoot.

©Manar Bilal – Camp de réfugiés (Zataary – Jordanie) 2014