Présentation du projet

Des oeuvres et des actes pour l’éducation inclusive des migrants

Projet interdisciplinaire qui s’intéresse à l’impact de la pratique artistique sur l’accueil et l’inclusion des primo-arrivants.

Acteurs

Projet porté par le laboratoire REMELICE  de l’université d’Orléans et soutenu par les laboratoires CITERES et ERCAE (affiliés à la MSH Val de Loire) en partenariat avec

  • Le château de Vaux (établissement de la Fondation des Apprentis d’Auteuil en Eure et Loir (28)
  • L’école Denis-Diderot (REP Orleans-La Source)
  • Les associations Olivet solidarité (accueil et cours de FLE pour tout primo arrivant) et Association solidarité Loiret-Algérie (Asla – valorisation de l’ouverture culturelle pour développer le Vivre Ensemble)
  • L’institut européen de l’histoire et des cultures de l’alimentation (iehca -Tours)

Ce projet s’inscrit dans le programme scientifique du laboratoire REMELICE de l’université d’Orléans sur le genre, la politique, la culture et l’identité. Il s’appuie sur les œuvres comme ressources culturelles et éthiques.

Enjeux

  • Sur l’intervention artistique comme moyen de transformation sociale : ce projet s’inscrit dans un mouvement initié ces vingt dernières années pour analyser l’impact des humanités et plus particulièrement des arts, sur la vie publique.
  • Sur l’inclusion des migrants : ce projet propose de changer d’optique, de quitter l’approche courante consiste à donner des cours de langue pour que le nouvel arrivant soit scolarisé, trouve un travail et, d’une certaine manière, ne soit plus un corps étranger trop visible. Il s’agit de s’appuyer sur l’apprentissage de la langue pour donner la parole et recueillir des récits pour que l’ouverture à l’altérité se fasse dans les deux sens : du migrant vers la société d’accueil et inversement.
  • Sur la recherche :
    • Ce projet se rattache à la démarche heuristique des Childhood Studies qui met la liberté d’expression et le vécu des jeunes au cœur du dispositif de recherche et oblige à questionner ses propres pratiques afin de comprendre, par exemple, comment les enfants participent à la recherche (Tisdall 2016; Christensen 2004 ; Côté, Trottier & Lavoie 2018) ou la façon dont le chercheur va pouvoir représenter leur voix (James 2007).
    • Il suit par ailleurs une méthodologie de recherche issue des sciences sociales appelée d’abord ABER (Art Based Educational Research) par Elliot Eisner (1981) puis ABR (Art Based Research) par Shawn McNiff (1998) qui s’appuie sur les arts lorsque la communication est difficile afin d’obtenir des informations sur des expériences et des phénomènes presque impossibles à décrire avec des mots (Greenwood, 2012). Cette méthode se concentre sur les non-dits et les expériences corporelles et sensibles. Elle recueille des informations et identifie des fonctionnements, des « modes de savoir incarnés » (Barbour 1985) sur lesquels vont pouvoir, ensuite, se développer des processus d’enseignement et d’apprentissage. Elle « utilise les processus artistiques comme moyen d’investigation et de connaissance […] [Elle favorise] une perspective interdisciplinaire [et] […] devient un moyen privilégié pour comprendre la complexité des phénomènes sociaux » (Lincoln, Guba 1985).
    • Le parteneriat avec l’iehca permet de mettre en place une entrée narrative basée sur le « manger », sachant que la nourriture est essentielle à la survie et qu’elle illustre le contrôle que les migrants essaient de garder sur leur corps. Pour les enfants nés en France, la nourriture est ce qui reste le plus longtemps – plus longtemps que la langue, les vêtements… pour ceux qui sont partis. Dans ce cadre, aborder les cultures de l’alimentation permet de discuter des origines « familiales ».

Objectifs

  • Trouver un langage commun – support d’apprentissages linguistiques, suffisamment rassurant pour favoriser un dialogue incarné basé sur l’écoute, les échanges et l’inclusion.
  • Recueillir des récits qui touchent à un régime d’existence où domine l’incertitude, la précarité et les difficultés d’expression pour reconstituer des parcours.
  • Prendre ses distances avec l’hyperspécialisation et la parcellisation des connaissances qui hiérarchise les champs de recherche.

Ce projet exploite les formes narratives pour construire un savoir qui favorise la diversité. Il se donne d’atteindre ces trois finalités examinées lors du colloque Les voies du récit / Pratiques biographiques en formation, intervention et recherche de 2018 (Tours) :

  • la finalité de production de connaissance (sur les migrants en termes de démographie, de comportement, de survie et d’identité)
  • la finalité de transformation de la réalité sociale (compréhension accrue des migrants par ceux qui les encadrent pour modifier les comportements dans le pays d’accueil)
  • la finalité de formation (proposition d’expérimentations pédagogiques exploitables par les enseignants et éducateurs pour l’accueil des primo-arrivants).

Trois groupes cibles

  • mineurs isolés accueillis par la Fondation des Apprentis d’Auteuil au Château des Vaux
  • adultes inscrits au cours de FLE de l’association Olivet-solidarité – parents ou non d’enfants primo-arrivants scolarisé ou pas
  • enfants en CP de l’école Denis Diderot à Orléans-La Source pour interroger leur relation à une « origine » culturelle.

Les intervenants

  • Artistes migrants dont la subjectivité face à l’exil fait le lien entre les imaginaires et questionne les assignations imposées aux minorités.
  • Enseignants référents
  • chercheurs

La pratique artistique

Représentations artistiques des migrations comme expérience de pensée subjective, complexe et réflexive à valeur morale – loin des discours politiques et médiatiques,

  • La pratique respecte la parole des migrants
  • Elle place les récits entre l’individuel et le collectif – du migrant à la communauté d’accueil (enseignant. Educateurs, chercheurs) – et met en évidence l’éventuelle puissance de transformation de la recherche pour repenser les rapports de pouvoir en jeu dans l’accueil de l’autre – et plus particulièrement des enfants migrants en Europe.
  • Elle offre au chercheur des données qui prêtent moins le flanc aux interprétations/réorientations idéologiques et/ou affectives sachant que la question de l’objectivité de l’observation scientifique dans l’interprétation des données est en effet souvent mise en doute dans l’analyse des récits de vie.
  • Elle met le migrant en situation d’auto-réflexion sur son parcours. Elle le convie à identifier des moments constitutifs et l’aide à les interpréter pour une co-construction de sens.

Ici, la méthode du « Learning by doing » / « apprentissage par le faire », ne se limite pas à une activité pratique mais introduit un processus symbolique qui tisse des liens entre l’histoire des images et des cultures et entre le privé et l’universel. La pratique artistique est conçue pour aider les migrants à réévaluer et à valoriser leur héritage en produisant un déplacement vers un espace de parole nécessaire pour que les enfants/jeunes/adultes puissent transformer des anecdotes apparemment insignifiantes en histoires de vie. La pratique créatrice devient ici à la fois, un support d’expression et de pensée critique. C’est un outil de médiation qui favorise ces événements structurants et transformateurs que sont les transferts interculturels.

 

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