Contexte & objectifs

CONTEXTE SCIENTIFIQUE

Les notions de transmédialité (Jenkins 2006) et d’intermédialité (Jürgen 2006) s’imposent depuis une quinzaine d’années comme des références en sciences humaines et sociales. Dérivées des notions de trans- et intertextualité (Kristeva 1969), elles définissent les interlocutions à valeur de commentaire historique, idéologique, esthétique et théorique de média à média et soutiennent les recherches interdisciplinaires sur l’art. La transmédialité s’intéresse aux croisements entre les médias et l’intermédialité aux interstices, aux lieux de passage. Elles s’appliquent particulièrement aux représentations artistiques de la migration dans la mesure où celles-ci combinent souvent différents contenus afin d’interroger l’altérité, le genre, l’inclusion etc. Cette approche dynamique permet d’aborder les représentations en termes de flux et de transfert. Elle présente la migration comme un élément interne aux nombreux espaces de départ, de transit et d’accueil. Ces notions d’inter- et de transmédialité renvoient notamment au concept d’hybridité culturelle (Young 1995), de langage en migration (Nair 2015) et des formes esthétiques en contexte globalisé (Bhabha 1999 et Spivak 2003). Elles définissent le cadre théorique utilisé pour constituer un corpus d’œuvres complexes et co-évolutives de la migration.

L’approche interactive, inter- et transmédiale des représentations de la migration met les études migratoires à l’épreuve de l’art. Elle présente des objets critiques à l’interface de la fiction et du reportage, entre la situation vécue, la réaction émotionnelle et la prise de distance. L’idée est de faire « sortir » ces représentations de leur contexte pour alimenter des productions scientifiques sur les savoirs culturels, esthétiques et politiques contemporains. Une sélection d’œuvres conduira à identifier une culture de l’image (fixe, mobile, vivante, hybride, poétique, sonore…) propre à reformuler des questions de recherches liées aux contextes migratoires.

Sur un autre plan, les sciences participatives seront sollicitées pour aborder les débats idéologiques liés à l’émergence d’une nouvelle diversité interne aux territoires. En effet, partant du constat que le problème n’est pas tant les migrations que le rapport à la différence et à l’altérité, la mise en place de modalités de recherche collectives et participatives aura le pouvoir d’encourager les communautés locales à s’investir pour coconstruire – avec les chercheurs de l’équipe – un savoir individuel et collectif sur la migration. Cette pratique définit un scientifique-citoyen intervenant sur le terrain en vue de réhabiliter/reconnecter les habitants. Le projet abordera l’art comme pivot : comme outil de représentation et comme outil de médiation, source de lien social dans un contexte de crise des images et des actions symboliques. Il invitera les artistes et les migrants à être eux-mêmes force de proposition pour placer des images et des récits de migration au cœur des pratiques ordinaires dans l’espace commun. La question de l’éducation par l’art suivra logiquement ces pratiques participatives. Elle rappellera que « L’éducation artistique et culturelle est indispensable à la démocratisation culturelle et à l’égalité des chances ». (MEN)

Cette recherche par l’art (Art Based Research) sur l’interculturalité et la transmission éducative définit un accompagnement valorisant, ouvert à différentes valeurs, normes et expériences (Daskalaki, Leivaditi 2018). Elle aborde l’esthétique comme modalité de pensée, comme méthode et comme facteur d’intégration et d’éducation

OBJECTIFS

Le premier objectif est culturel : il s’agit en effet de faire découvrir des artistes et des œuvres, de les archiver et d’analyser cette base de données pour dégager des approches complexes, distanciées et réflexives sur la migration.

Le deuxième objectif est social avec la mise en place d’une recherche participative basée sur les arts, capable de faire dialoguer les populations locales et les migrants.

Un troisième objectif en sciences de l’éducation sera exploré comme prolongement vers des actions à mettre en place dans des classes pour développer l’inclusion des enfants migrants.

METHODOLOGIE

L’ensemble du projet s’appuiera sur un protocole de recherche nommé Art Based Research (ABR), initié dans les années 1980 (Eisner 1981, McNiff 1998) et qui désigne « toutes les pratiques utilisant des processus artistiques comme modalités d’investigation, et de production de savoir ».[1] Cette méthode expérimentale de production, d’analyse et de diffusion de données utilise des pratiques collectives d’atelier de pratique (dessin, écriture, danse, théâtre…) et d’analyse (séminaires journées d’étude).  Elle considère que les artistes et les œuvres ont un rôle à jouer et que leurs prises de position (ici sur la migration) sont susceptibles de faire évoluer les postures sociales. (Greenwood 2012)

Cette méthode, basée sur des dispositifs participatifs, prévoit de mettre les migrants au cœur du système. Elle doit leur permettre de donner leur avis, de consolider leur identité tout en encourageant le dialogue avec les multiples acteurs du tissu social dont les enseignants.

Cette approche par les arts et par la participation, associée à l’expertise de chercheurs dans les aires culturelles anglophones, hispanophones et francophones, permettra d’établir progressivement par des échanges multiformes (commentaires sur des plateformes numériques, cartes mentales, enquêtes menées par des étudiants, rencontres avec des artistes etc.) le corpus d’œuvres qui pourra être ensuite diffusé et exploité pour une recherche-action en sciences de l’éducation, dédiée à la construction d’un programme éducatif inclusif.

[1] notre traduction