Manifestations scientifiques

JOURNEE D’ETUDE : MIGRER ET MANGER : JAMAIS SANS MON SMARTPHONE

25 AVRIL DE 9H30 À 17H

Le smartphone est la life-line du migrant, il est sa mémoire, son futur et un outil indispensable au quotidien. Il le suit dans son parcours, lui permet de garder des contacts lointains et proches, il est également indispensable pour vivre au présent : trouver à manger, partager ses découvertes : tous photographient des plats, trouvent des infos sur des aliments inconnus, cherchent des produits familiers etc.

Les plateformes numériques sont aussi très utilisées par les associations d’aide aux migrants : pour donner des conseils juridiques, administratifs, logistiques, mais aussi pour toute une économie autour de la nourriture (confection de plats, information sur les lieux où se procurer des produits, partager un repas etc.) et enfin par les chercheurs pour observer et analyser la migration du point de vue des besoins et des solutions.

C’est justement la forme et le rôle des supports numériques pour comprendre les habitudes alimentaires des migrants qui est au cœur de la journée d’étude organisée par le laboratoire Citeres (université de Tours) en collaboration avec Remelice (université d’Orléans) et l’appui du RTR Sciences et Cultures de l’alimentation piloté par l’IEHCA . Les interventions interrogeront le rôle des réseaux sociaux et la façon dont les outils numériques aident les migrants et les chercheurs.
Ces échanges seront enregistrés et diffusés sur canalU grâce au soutien de la MSH Val de Loire.

Captation video des interventions

Migrants from Ethiopia and Eritrea queue in line during a food distribution near the former « jungle » in Calais, France, August 23, 2017. REUTERS/Pascal Rossignol

TABLE RONDE :  » Riz-poulet pour les MNA ? « 

Convention Internationale d’Histoire et des cultures de l’alimentation – (31 mai – 4 juin 2021 – en ligne)

Modération : Genevieve Guetemme

L’expression « Mineurs non accompagnés » (MNA) désigne des migrants de moins de dix-huit ans sans famille proche et sans représentant légal sur le territoire français. Cette population jeune et considérée comme fragile est prise en charge par l’Aide sociale à l’enfance (ASE) qui s’appuie sur des structures institutionnelles ou associatives pour les aider à s’adapter progressivement au milieu social, éducatif, linguistique et culturel de leur nouvel environnement. Leur alimentation renvoie aux conditions matérielles de leur accueil mais se lit aussi comme un signe d’appartenance : elle fait partie de ces données fondamentales qui matérialisent des représentations, des besoins, des attentes, des libertés et des contraintes.

Cette table-ronde propose de s’interroger la prédominance de deux ingrédients : riz et poulet dans les menus des MNA pour questionner une alimentation la fois subie et revendiquée, mais aussi pour placer les études migratoires au croisement des food studies et des child studies pour lesquelles l’expression et le vécu des jeunes sont au cœur des analyses.

Trois intervenants issus de la recherche en linguistique, de l’accueil associatif et de l’enseignement mettront en évidence une culture alimentaire associées à des contraintes administratives, financières fortes, mais aussi révélateur des dynamiques d’incorporation et d’assimilation généralement liées à la migration.

Sandrine Noé (Apprentis d’Auteuil / enseignante coordinatrice – innovation pédagogique)

Musiques et images pour une éducation à l’espace gustatif et social de l’alimentation ?

Lundi matin 8h30. Comme tous les lundis, Zied, Ali, Yely, Sam, Bilal, Alfousseni, Bamaï, Noman et Cheick Omar s’installent et commencent à raconter à tour de rôle leur week-end : parties de cricket, de console, partie de foot, repos et repas. Ces neuf jeunes ont un point commun : ils sont tous MNA accueillis dans un des établissements des Apprentis d’Auteuil depuis plus d’un an. Ils ont tous connu des parcours migratoires longs et périlleux, où la faim s’est fait ressentir bien des fois, parfois même manger représentait un danger. Au fil des semaines, le « manger » est une véritable préoccupation pour tous. Certains d’entre eux refusent de faire la cuisine et préfèrent faire les courses. Des rôles se créent ainsi au sein des collectifs.

Alors, quand ils racontent les repas préparés, les détails sont nombreux. « Du riz-poulet pour les MNA ?», et si toutes les différences résidaient dans la préparation de la sauce ? Eloignés de leur culture culinaire et alimentaire, ils doivent faire preuve de créativité et d’inventivité : faire avec des produits « locaux » dans un territoire rural alors que tous les « produits exotiques » ne sont pas toujours accessibles, tenir compte aussi des contraintes budgétaires.

Au-delà des représentations purement primaires des repas, comment toutes ces différences culturelles se transforment en levier pour une éducation à l’espace gustatif et social de l’alimentation ? Comment d’autres espaces culturels, comme la musique ou les images, viennent aussi alimenter ce travail éducatif ?

Malou MESTRINARO (doctorante Laboratoire Ligérien de Linguistique (LLL))

Alimentation et migration : une étude sociolinguistique des mineurs isolés.

La question de l’alimentation est intrinsèquement liée à celle de l’identité : à travers la connaissance des produits, la maitrise de techniques culinaires, le goût, le rapport au corps ou encore les règles de commensalité, elle joue un rôle majeur dans l’intégration de l’individu en migration dans la société d’accueil. Dans le cadre des MNA, cette thématique est d’autant plus centrale que les apprentissages sont bousculés par un changement de cadre précoce, parfois violent – les MNA sont jeunes, isolés, et ont le plus souvent un parcours migratoire tortueux. L’alimentation permet dès lors un contact non intrusif, une manière d’accéder à leur histoire et leur parcours sans représenter une menace pour leur face.

À partir d’une étude sociolinguistique inspirée de l’ethnographie de la communication et de l’anthropologie, et qui se base sur l’observation de MNA accueillis par un groupement de coopération sociale et médico-sociale à Bourges (Cher), on cherche à construire un corpus des différentes configurations interactionnelles liées à la thématique de l’alimentation. Ce corpus devrait permettre de mettre en évidence les stratégies linguistiques employées par les MNA dans les contextes en lien avec l’alimentation (préparation et prise de repas en particulier). On cherche aussi à analyser la place des jeunes au sein du dispositif, à travers les relations interpersonnelles et leurs rôles dans l’interaction. Les analyses faites à partir de ce corpus seront ensuite mises en perspective avec des entretiens axés sur les biographies langagières.

Guillaume Etienne : MCF en ethnologie – Université de Tours – UMR 7324 CITERES (Cost)

« C’est pas comme l’Afrique. Il y a plusieurs choses dedans ». Le connu et l’inconnu alimentaire chez les MNA en vie collective.

Les MNA intégrant un dispositif d’accueil proviennent de différents pays et régions du monde : Afrique subsaharienne, sous-continent indien, Europe de l’est… La vie en collectivité interpelle les pratiques alimentaires des jeunes qui ont des habitudes, des recettes, des goûts, différents. A partir d’un terrain dans l’un de ces dispositifs d’accueil où une centaine de jeunes sont logés, je propose d’interroger les effets de la vie collective sur leurs pratiques alimentaires, et notamment le rapport à la nouveauté, ainsi que les représentations liées aux aliments, à leur préparation et consommation.

Si le « riz gras » s’impose comme plat récurrent, lors des ateliers cuisine, au self ou dans l’alimentation quotidienne des colocataires, les manières dont on le consomme permettent d’observer les échanges de pratique (les Bangladais adoptent par exemple le plat unique africain dans lequel chacun se sert à la main) et des représentations (comment la cuisine « africaine » est distinguée de la cuisine « française »).

Je propose ainsi d’interroger ce que Claude Fischler appelle le paradoxe de l’omnivore selon lequel nous sommes poussés à diversifier notre alimentation (néophilie) tout en étant méfiants à l’égard de la nouveauté (néophobie). Les pratiques observées permettront de comprendre comment les jeunes distinguent le connu de l’inconnu et comment ils ménagent la nouveauté par une « domestication » alimentaire (utiliser des épices connues dans une préparation qui ne l’est pas) ou à des pratiques de contournement (se préparer un repas dans sa chambre avant le repas au self dont le menu est inconnu).

CLOSING THE DISTANCE

A project about art, migration and education

Pour penser les migrations récentes, la pratique artistique et l’engagement citoyen.

Jeudi 08 avril 2021 – en ligne de 9h à 14h

Journée d’étude Remelice / study day 

« Music is often one of the first arenas in which populations encounter newcomers, a place where ideas about identity can be reformulated and reimagined, and a field in which innovation and hybridity are often highly valued. » Nadia Kiwan, in Question musique et migration, Université Aberdeen, 2011.

Images, recherches, actions (artistiques et pédagogiques) autour des migrations

Cette journée d’étude propose de réunir artistes / chercheurs / enseignants  afin d’explorer, ensemble, le potentiel éducatif des représentations artistiques des migrations.

Les travaux exploreront la façon dont les œuvres questionnent des frontières culturelles, linguistiques, sensorielles et formelles afin d’susceptible d’introduire de nouveaux modèles de recherche et d’innover en termes de pratiques pédagogiques.

Les deux ateliers (en présence des artistes) sont accessibles aux chercheurs, enseignants, migrants, membres d’association impliqués dans l’accompagnement des migrants. 

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Images, actors and (educational) actions

Academic research, artistic practice, and civic engagement are becoming ever more closely linked to explore and reflect on recent migrations. They challenge the conventional boundaries of disciplinary practice, and more daringly, demand that researchers invent new modalities of practice that acknowledges the possibility of failure, but equally intimates the allure of unanticipated success.

This study day will bring together art practitioners and academics in order to explore common interests in creativity and research practices dealing with migration

Organized in workshop format around the exploratory interventions of academic speakers and art practitioners the study day will highlight the work of two artists who will engage with the whole set of activities. Participants will have established interests in issues of creativity and cultural engagement across boundaries and borders, and will be strongly engaged in work which is multi/inter/transmedial in scope and expression.

Participants will be encouraged to imagine different ways of using art practice with young migrants (0-18 years old) in formal and informal educational settings.

The work will contribute to a conversation on humanities, which have been at a critical juncture in terms of defining its purpose and identity for some considerable time.

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Artistes invitées pour cette journée:  Jacqueline Caux et Waed Bouhassoun

Films de Jacqueline Caux – vidéos de Waed Bouhassoun

Programme

  • 9h : introduction – présentation du programme et des artistes
  • 09h30 : projection
  • 10h-11h : atelier pluridisciplinaire 1 : La réception : que disent ces œuvres de la migration ?
  • 11h-11h30 : synthèse de l’atelier

pause

  • 12h30-13h30 :  atelier pluridisciplinaire 2 :  La transmission : comment parler de la migration avec des jeunes (en milieu scolaire)
  • 13h30 – 14h : synthèse et perspectives