Parcours illustrés

 

Action menée avec la Fondation des Apprentis d’Auteuil, Lycée Lycée Horticole et Paysager Notre Dame des Jardins, Château des vaux 28240 Saint-Maurice-Saint-Germain, France.

L’artiste syrienne, Diala Brisly, réfugiée politique en France depuis 2018, a été invitée à animer une série d’ateliers avec des Mineurs Non-accompagnés (MNA) pris en charge par la Fondation Apprentis d’Auteuil.

Enseignante référente : Sandrine Noé – Enseignante CAIP – Chargée d’Animation et d’Innovation

Avec la participation de Sophie (éducatrice – pôle MNA) et Agnès (enseignante UPE2A)

objectifs :

  • améliorer l’apprentissage des langues, des cultures et l’inclusion sociale
  • développer une pédagogie inclusive et innovante
  • développer le partage culturel

 

2022 : témoignages : la l’iberté c’est quoi?

2021 : « Vous êtes ici maintenant » Atelier 1  (du 8 au 12 février 2021) 

Comprendre ce que signifie « être ici ». Tenir compte du passé, des projets d’avenir à un endroit et un moment précis. Penser un ou plusieurs mots, évoquer, provoquer des images et des émotions, dessiner, verbaliser, se raconter, mettre en scène la création. Les images ont permis aux jeunes à raconter leur propre histoire avec les formes et les motifs qui leur sont chers.

Pour visionner les vidéos de l’atelier 1 cliquer ici : préparation et exposition virtuelle

Atelier 2 ( du 24 au 28 mai 2021) avec la dessinatrice – illustratrice syrienne : Diala Brisly. Ateliers de trois heures  pendant 3 jours : « vous n’êtes pas un arbre »

Seconde intervention dans deux établissements, un Lycée Horticole et Paysager et une Maison d’Enfants à Caractère Social (une quinzaine de jeunes de 16 à 18 ans) auprès d’une classe de Mineurs Non Accompagnés
Ce deuxième atelier a eu lieu trois mois après le premier. Entre les deux temps, des échanges par visio ont eu lieu à la demande des jeunes, pour maintenir le lien créé lors du premier atelier.

Jour 1 : matériel  – feuilles blanches, toiles de coton de 50×80 cm, peinture et feutres acryliques.
Nous sommes tous mobiles malgré nos racines : que souhaitons-nous montrer  ? Que souhaitons nous faire ? Comment nous projetons nous dans l’avenir ?
L’exercice a été mis en lien avec les réalisations produites avec Bakar (intervenant-slammeur – travaillant autour des mots et des images). Les jeunes ont réalisé un croquis de ce qu’ils souhaitaient représenter. Ils ont demandé des conseils  à l’artiste.
Lorsque les croquis ont été réalisés, chacun a pris une toile.
Le travail de verbalisation s’est tourné vers des représentations symboliques. Diala s’est positionnée en « aidante ressource » sur les croquis puis sur les couleurs choisies. [la période de fin d’année pleine d’incertitude sur leur prise en charge a empêché deux jeunes de se mettre en action]

Jour 2 :
Chacun a ajouté des éléments. Un temps de retour a permis aux jeunes de se montrer pointilleux et soucieux des détails. Le temps de séchage de la peinture a été l’occasion d’interactions, d’entraide et de partage de musiques. Diala était sollicitée directement par les jeunes. Certains ont accepté des outils qu’ils ne souhaitait pas utiliser (pinceaux) au départ. L’un des jeunes qui refusaient de se mettre au travail s’est finalement lancé.

Sam – motivation et courageJour 3 :
Les toiles ont été terminées et chacun a proposé un titre et un message audio. Les jeunes étaient autonomes et savaient ce qu’ils souhaitaient faire.
Sur l’ensemble des trois matinées, d’autres classes sont venues voir le travail réalisé, dans une salle de classe transformée en atelier.

Bilan

Une exposition des travaux a permis de partager les travaux des deux ateliers avec l’ensemble de la communiauté éducative du Chateau des Vaux.  Les productions ont été installées et commentées par les jeunes de la classe mosaîque.

 

initiation à la musique arabo-andalouse

 

Projet « Musique arabo andalouse » à l’école Denis Diderot (Orleans La Source) dans le cadre du dispositif « cité éducative »

Face à l’autre : l’art de penser l’altérité

Favoriser l’accès aux activités culturelles pour aider les élèves à découvrir et partager de nouveaux points de vue sur leur expérience de la différence

Partenariat ASLA (Orléans) / Alcantara (Bourges) / REMELICE (Université d’Orleans)

lundi 24/01/02lundi 31/01/22lundi 21/02/22lundi 28/02/22 DISTANCIEL
lundi 07/03/22lundi 14/03/22 DISTANCIEL
lundi 28/03/22RESTITUTION (31 mais 2022 – dansl’école – avec les parents)

Pratique d’expression artistique pour aider les jeunes à interagir dans un milieux humain et culturel ouvert à l’autre.

En 2022, un projet sur la musique arabo andalouse a été mis en place grâce au dispositif des « cités éducatives ». Ce domaine artistique appartient à un champ culturel inconnus des enfants. C’est une pratique classique et ancienne réservée à une élite cultivée – comme la musique classique occidentale. Mais cette musique représente aussi l’ouverture à l’autre, sachant qu’à une période, l’Andalousie a été un exemple du Vivre Ensemble. Elle a bénéficié d’un rayonnement culturel extraordinaire et sa musique a été jouée et chantée à la fois en hébreu, en arabe et en espagnol. Faire découvrir cette musique aux enfants permet de leur apprendre à chanter tout en les aidant à penser la tolérance.

Des ateliers de chant ont été mis en place avec deux classes de CP de l’école Denis Diderot à Orleans-La Source. Ces enfants – à majorité d’origine maghrébine – n’avaient jamais été en contact avec cette culture qui est également très éloignée du quotidien professionnel et culturel des deux enseignants de la classe.  Les ateliers se sont déroulés sur le temps scolaire – tous les lundis. ILs ont été menés par Rachid Guerbas, fondateur de l’ensemble ALBAYCIN, hébergé par l’association EL QANTARA.

Ce projet a permis de mettre en conversation des enfants, des artistes et une culture à travers une musique savante. Il leur a fait découvrir une musique et une langue (l’arabe classique) et a contribué à changer la vision que les enfants pouvaient avoir de l’école et du monde. Il s’agissait en effet de les faire accéder à une culture susceptible de transformer leur rapport à leurs origines. Cette approche de soi par la culture doit les aider à penser leur présent et leur avenir.  C’est aussi important pour les artistes de se connecter avec de nouveaux publics tout en menant une action citoyenne en montrant leur travail dans des conditions et des lieux différents.

Le quartier :  travailler avec les enfants, parents, habitants pour agir contre d’exclusion urbaine et sociale

l’ASLA : association dont la mission principale est de développer le rapport à l’autre en questionnant les notions d’identité et d’appartenance.

Les enseignants – pour eux,  la musique arabo-andalouse est un support d’enseignement en lien avec l’apprentissage des langues (français et arabe) et la découverte du monde.

  • Apprendre le dialogue avec l’autre  pour l’inclusion sociale et scolaire
    •  la curiosité : facteur de réussite scolaire
    •  des langages et des langues (arabe classique)
    •  des références identitaires « savoir d’où l’on vient pour avancer »
  • Découvrir
    • l’art comme langage, comme forme d’expression, comme lien social
    • le rôle social de l’artiste 
    • des instruments (5 guitares, mandoline, percussion)
  •  Pratiquer : Répéter, persévérer
    • Deux chants connus de la tradition arabo-andalouse
    •  l’écoute et le rythme
  • Rencontrer
    • des artistes,
    • des cultures et des langues
    • des sons
  • Connaître :
    • une musique du patrimoine universel (répertoire arabo andalou / histoire / géographie)
    • un vocabulaire spécifique

Evaluation des résultats :

Objectifs Indicateurs de suivi Avant le projet à la fin
 Overture artistique et Culturelle Être capable de parler de la musique arabo-andalouse

 

Champ culturel totalement inconnu Capable d’identifier l’Andalousie sur la carte
Être capable d’écouter les sons Difficultés d’attention Nette progression
Être capable de chanter dans une autre langue

Apprentissage de deux chants du répertoire arabo-andalou (en arabe)

 

Quelques élèves reconnaissent juste quelques mots en arabe Oui

Travail très précis sur la prononciation Plaisir de chanter

Favoriser l’écoute et l’entraide dans un groupe Être capable d’écouter les autres/ Accepter les idées des autres /Être force de proposition Rituel pour favoriser les échanges présents dans les classes Discussion des enfants sur leur ressenti
Lien avec l’apprentissage de la langue française Nouveau vocabulaire

Lecture des paroles du chant

 

 

Découverte du nom des instruments, des pays, des époques (récit historique)

Traduction du chant en français

Approche du multilinguisme comme une richesse Positionner la langue française dans un environnement multiculturel Problématisation du lien entre la pratique artistique et la notion de culture familiale Introduction de la notion d’identité culturelle avec les ateliers d’arts plastiques sur les plats « étrangers »
Developer un sens critique Être capable de donner son opinion, comparer, argumenter  Débats sur la musique et son évolution dans l’aire géographique ciblée (Espagne / Maghreb)

Le retour des enseignants

Les deux enseignants des classes de cours préparatoire ont apprécié la posture pédagogique de l’intervenant, son professionnalisme et son écoute. Il a su s’adapter au jeune public et a su établir une relation très constructive avec l’équipe enseignante.

Ils ont noté le grand investissement des enfants qui ont fait de réels apprentissages en musique dans leur rapport à la langue (vocabulaire français et découverte de la langue arabe classique)

Ils apprécie l’ouverture culturelle (sur une culture à la fois proche et lointaine) et la rencontre avec l’autre (le musicien intervenant dans l’école)

Les enfants chantaient même en allant aux séances de sport : cette spontanéité est un indicateur du plaisir généré par la musique et l’atelier.

Le retour de l’intervenant :

Rachid Guerbas insiste sur:

  1. L’impressionnante implication des deux enseignants qui ont magistralement su se glisser dans l’univers mental de leurs élèves pour saisir pleinement les difficultés et les naturelles aisances d’absorption des enfants.
  2. De surcroit, ces deux enseignants ont une pratique musicale instrumentale et vocale qui a grandement huilé la courroie de transmission dans la mesure où ils ont été de bien précieux répétiteurs. Sans eux, le travail réalisé aurait nécessité bien plus de temps…et de moyens !
  3. Ce projet ne doit dévier en rien de son axe central et ouvrir l’école sur la cité : Ce projet doit être un marqueur et un moment d’une exceptionnelle intensité dans la mesure où il associe des enfants de CE1 au « défi » de se hisser aux cimes d’un ensemble musical de très haut niveau pour vivre la magie et la solennité d’une vraie scène face à un vrai public. Ce souvenir habitera à jamais ces enfants qui ont su donner le meilleur d’eux-mêmes car ils ont franchi la haute marche de l’exigence profonde et somme toute évidente de tout œuvre artistique.  Les différentes composantes de ce travail exigeant leur ont ouvert un univers insoupçonné distillant tout à la fois : le partage, le respect de soi et des autres, la connaissance et la reconnaissance, l’universalité …et in fine la magie de la proximité avec l’autre, avec tous les autres.

Des recettes et des cultures

Lecture et découverte d’espaces culturels avec des élèves de CP de l’école Denis Diderot à Orleans-La Source.

2 ateliers : papier déchiré / pâte à modeler

  1. lire la recette
  2. dessiner ce qu’on comprend
  3. imaginer le plat final (avec des papiers de couleur ou de la pâte à modeler)

Le « kebbe » (Liban)

500 gr. de boulgour doux

500 gr de viande de mouton

1 oignon

50 gr de noix hachées

Sel, poivre

  • Mettre 500 gr de boulgour doux dans l’eau chaude pendant 30 minutes
  • Mélangez 250 gr de viande hachée et le boulgour
  • Coupez les oignons en petits morceaux
  • Ajouter 2 cuillérées d’huile et 50 gr de noix
  • Ajouter la viande et faire des boulettes
  • Faire chauffer l’huile et faites frire les boulettes.

Le ragoût de poisson (suède)

200 gr de saumon

200 gr de poisson blanc

30 cl de vin blanc sec

30 cl de fond de poisson

4 grosses pommes de terre

1 oignon ou deux échalotes

4 carottes

2verres d’eau

2 cl d’huile d’olive

Safran, sel, poivre

  • Laver et découper les pommes de terre et les carottes
  • Hacher l’oignon
  • Faire frire les légumes avec l’huile d’olive
  • Ajouter le vin et l’eau dans la casserole
  • Faire bouillir pendant 15 minutes
  • Ajouter les poissons et cuire pendant cinq minutes
  • Ajouter le safran, le sel et le poivre

Le BUUZ (Mongolie)

2 œufs

500 gr de viande de bœuf

600 gr de farine

1 oignon

3 gousses d’ail

Chou blanc

Sel, poivre

200 gr d’eau

  • Mélanger les œufs, l’eau et la farine (faire une pâte)
  • Peler et couper l’oignon, l’ail, le chou blanc, la viande en très petits morceaux.
  • Ajouter le sel le poivre et bien mélanger
  • Couper la pâte en petits morceaux
  • Enrouler la viande dans la farine comme des petites balles
  • Cuire 15 minutes environ
  • Servir avec de la salade.

Ce travail permet d’aborder la notion d’origine culturelle avec les enfants migrants de troisième génération, sachant que le « manger » est ce qui reste le plus longtemps – plus longtemps que la langue, les vêtements… pour ceux qui sont partis.

Aborder les cultures de l’alimentation permet de discuter des cultures dites « familiales » ou « d’origine ». Tous en effet ont entendu parler des ukrainiens, des syriens… Et ils savent que certains plats viennent d’ailleurs. Mais pour eux « Le boulgour c’est français… ma maman en fait tous les jours ». 

Ici, la méthode du « Learning by doing » / « apprentissage par le faire », ne se limite pas à une activité pratique mais introduit un processus symbolique qui tisse des liens entre l’histoire des images et des cultures et entre le privé et l’universel.

Ces enfants, nés en France, de parents français d’origine maghrébine, n’ont pas vécu de transition dans un parcours de vie, ils n’ont pas reformulé de schémas culturels. La musique et les productions plastiques les aide à réévaluer et à valoriser leur héritage.

Diala Brisly – atelier avec des MNA

 

L’artiste syrienne Diala Brisly est intervenue en mars 2021 dans deux établissements, un Lycée Horticole et Paysager et une Maison d’Enfants à Caractère Social auprès avec des Mineurs Non Accompagnés (MNA)

Plusieurs rencontres préalables par visio ont été organisée pour introduire l’artiste et permettre aux jeunes de donner du sens au futur atelier., mais aussi pour permettre à  l’équipe pédagogique de s’approprier le projet.  Ce temps a permis de présenter l’artiste, le projet artistique et de répondre aux questions éventuelles sur le déroulé. Le second temps a eu lieu en classe avec les élèves et leur professeur principale. Chacun a pu se présenter : prénom, âge et pays d’origine. Un jeu de questions/réponses a aussi eu lieu. Toutes les questions étaient tournées vers l’artiste : son parcours et ses activités artistiques et professionnelles. Lors de la venue de l’artiste, un jeune a organisé son accueil et s’est chargé de lui faire découvrir l’établissement.

Découpage des temps d’ateliers de trois heures :

Jour 1 :

Présentation du thème « vous êtes ici » : parce que nous venons tous de quelque part et que nous allons tous vers un ailleurs, nous nous retrouvons ensemble à un endroit et un moment précis, que souhaitons-nous dire ou dessiner ?

Le premier enjeu a été de comprendre ce que voulait dire la consigne ; ce qui faisait sens pour chacun : mobiliser des souvenirs, se projeter et représenter ses émotions du moment. Le matériel a été mis à disposition : feuilles blanches, toiles de coton de 20×20 cm, peinture et feutres acryliques. Les tables ont été réunies. Certains sont restés à leur place et d’autres ont préférés une installation en collectif.

Après un temps d’hésitation et d’explications, les jeunes se sont lancés. Certains redoutaient de dessiner et sont passés par l’écrit. Très vite les premiers croquis ont vu le jour.

Diala s’est positionnée en « aidante », dans le sens où elle questionnait chaque jeune sur ce qu’il souhaitait faire. Elle a été « aidante facilitatrice » en faisant verbaliser chaque jeune  tout en le laissant faire, en l’encourageant. Puis, elle est devenue une « aidante ressource ». Les jeunes se sont petit à petit émancipés de leurs craintes et ont osé poser des questions sur la façon de faire ou le choix des couleurs.

Un seul jeune n’a pas participé. Il était inquiet au sujet d’un questionnaire à destination de l’ASE et de la préfecture. Il a été pris à part par l’enseignante pour l’aider à répondre au questionnaire sans participer à l’atelier.

– Jour 2 :

Chacun a repris sa toile et a ajouté des éléments. Ce temps de retour sur un travail réalisé la veille a permis aux jeunes de se montrer pointilleux et soucieux des détails. Des recherches sur des figures, tissus, objets rappelant les cultures d’origine ont permis d’apporter de nombreux éléments nouveaux aux créations réalisées la veille.

Certains ont réalisé une seconde toile en respectant le schéma de la veille. Le jeune qui n’avait rien pu faire la veille, a réalisé une toile avec l’enseignante. Ils ont tous les deux repris les consignes données et ont échangé pour réaliser une toile à quatre mains.

Jour 3 :

La troisième matinée a été bouleversée par des évènements météorologiques : la neige tombée dans la nuit n’a pas permis à tout le monde d’être présent.

Les toiles ont été terminées. Chacun a ensuite cherché des mots et des messages à transmettre en plus des toiles. Chaque mot et message ont été notés et conservés précieusement.

Jour 4 : Recherche d’un titre

Comme la veille, tous les jeunes n’étaient pas présents. Chaque jeune a donné un titre à sa création. Certains l’on fait dans leur langue, d’autres en français ou en anglais.  Les absents ont été joints en visio pour qu’ils puissent terminer. Après avoir donné un titre, chaque jeune a décrit son tableau (ce qui a été représenté) et chaque description a été enregistrée.

Les tableaux ont ensuite été agencés et reliés par un fil rouge qui symbolise le parcours et le partage. Les messages ou mots importants ont été placés en fonction des tableaux. Chaque jeune a participé. Les tableaux ont été posés comme s’ils allaient être exposés.

BILAN DE L’ATELIER Travailler l’ouverture culturelle (savoir) et le plaisir de partager (faire savoir)

L’atelier a permis d’associer « rencontre » et  « ouverture culturelle » grâce à une pratique artistique. L’art a joué le rôle d’ « outil » pour travailler, la connaissance de soi, l’estime de soi, la persévérance.

Les objectifs pédagogiques travaillés s’appuient sur le référentiel des pratiques artistiques : savoir, savoir-faire, faire et faire savoir autour d’un thème : le parcours (construction identitaire, voyage migratoire, apports culturels)

Les choix plastiques  (matériaux, couleurs, motifs…) et les erreurs (savoir-faire) liées à la nouveauté des moyens d’expressions (rares sont les jeunes qui ont une pratique du dessin) ont été appréhendés de manière positives et valorisante.  Chaque prise de position a permis aux jeunes et à l’artiste de se découvrir et d’échanger.

Sandrine Noé – enseignante coordnatrice de l’atelier

Manar Bilal – atelier photo avec un artiste syrien

Intervention dans une école du centre-ville d’Orléans avec une classe de cycle 3 (enfants de 10-11 ans) et des étudiants de la faculté d’éducation de l’université d’Orléans, réalisée en 2018 avec un photographe syrien, réfugié politique : Manar Bilal.

L’intervention de Manar Bilal s’est déroulée en deux temps :

  • D’abord l’artiste a présenté et commenté ses photographies prises dans les camps de Jordanie, de Turquie et du Liban où il lui-même resté plusieurs mois.

Les élèves ont été répartis en 4 groupes de 3 à 4 élèves. Dans chaque groupe, ils ont pu échanger sur leur connaissance de la photographie de et l’utilisation d’un appareil photo. Certains élèves avaient déjà utilisé un appareil photo, d’autres n’avaient pris des photos qu’avec un téléphone portable. Enfin, un élève n’avait jamais pris de photos.

  • Il a ensuite convié les enfants à faire un retour – en photographie – sur leur quotidien d’enfant à l’école en France. Les élèves ont manipulé l’appareil photo. Ils ont notamment pu observer la différence d’utilisation entre un téléphone portable.

puis sur leurs jeux pendant les récréations. Les enfants sont donc sortis et se sont mis à jouer et se sont aussi photographiés pendant que l’artiste lui aussi les photographiait. Ils se montraient leurs images avant d’en réaliser d’autres – ce cours retour analytique leur permettant de modifier leurs jeux et de se déployer dans différents espaces de la cour d’école. La comparaison de leurs photos et celles de Manar Bilal a permis d’observer des différences de cadrage, mais une même attention pour les jeux, la joie de vivre des enfants, ou le grillage.

  • Enfin, un atelier numérique a permis aux enfants de combiner leurs images à celles de l’artiste pour créer des rencontres fictives entre les enfants de France et ceux des camps. Un moment d’analyse verbale a permis aux enfants de réfléchir à leurs conditions de vie et à cette grande question (QSV) qu’est l’accès à l’éducation.

En termes de méthodologie, cette approche des représentations de la migration favorise le débat, la démarche d’investigation à travers le Learning by doing » (faire « à partir des images » et « avec des images » ) en lien avec l’Education au numérique / l’Education aux médias / l’Education à l’Information. Elle permet d’articuler les savoirs, elle prend en compte la diversité, la multiplicité des points. Elle encourage à questionner ses certitudes. Elle conduit enfin à interroger les images et à réfléchir aux évolutions d’une société en mutation.

Cette question de la posture contemporaine face qux images est au cœur des « visual studies », issues des cultural studies, théorisées par William Mitchell, Nicholas Mirzoeff, Stuart Hall, Jessica Evans, Chris Jenks. (discipline relativement nouvelle qui conjugue à la fois l’histoire de l’art, la sociologie, la philosophie, les études en communication etc.)

In a world increasingly mediated by the visual, to understand the production, circulation and reading of visual objects is essential. Visual Studies aim is to interpret the world as a visual domain. It helps mastering the complex languages of visual culture that are fundamental to being an active and engaged citizen of the 21st century. (Mitchell)

La pratique permet de montrer :

  • que l’image est un produit technique, les différentes typologies d’image dépendant de la modalité de leur production, de diffusion et d’archivage : les images produites ici ont permis ici d’aborder à la fois le collage de matériaux, le dessin et la photographie
  • que le subjectif, les émotions et les perceptions sensorielles jouent un rôle essentiel dans la construction et l’interprétation des représentations.
  • que l’art est un outil à ne pas négliger pour aborder ces objets ambigus, liminaires et complexes que sont les images, sachant que l’expression verbale est parfois difficile à maitriser – surtout pour les jeunes enfants.
  • que le visuel participe au réseau d’interdiscours (Garric et Longhi 2013) qui produit du lien social, structure l’espace public participe au pouvoir politique.
  • que l’information que nous recevons détermine nos choix et nos actions
  • que l’ambiguïté, ‘l’indiscipline’ des images (Mitchell) – sans apporter de réponse toutes faites aux questions difficiles – aide à appréhender la complexité et encourage à se positionner de façon singulière et informée pour défendre la société dans laquelle les jeunes sont amenés à s’investir. Mitchell parle de la nécessité de voir les images dans leur ‘turbulence’, leur ‘incohérence’, en termes de ‘chaos’ ou de d’’émerveillement’ en adoptant une manière ‘anarchiste’ de faire les choses … en tant qu’elles doivent révéler leur propre insuffisance. (W.J.T. Mitchell,1995, 12)
  • Que les images sont idéales pour aborder des savoirs émergeants, non encore finalisés, instables. Elles sont incontournables pour permettre à l’école de développer des savoirs vecteurs de rénovation et d’engagement réfléchi.

La culture visuelle ne signifie pas simplement étudier et analyser les images, mais prendre en considération la dimension centrale qu’a pris la vision dans l’expérience quotidienne subjective et, par conséquent, dans les processus de construction et de partage des significations (cf. Van Leeuwen et Jewitt, 2001, p. 62-63).

Blan de compétences de l’atelier:

en arts plastiques

  • compétences techniques : pratique de la photographie numérique (appareil photo + logiciel de traitement d’images).
  • compétences plastiques : approche du portrait photographique et de la notion de contexte
  • compétences culturelles : travailler en collaboration avec un artiste.

compétences transversales :

  • maîtriser la langue française
  • écouter et comprendre un message en anglais (présentation de l’artiste /savoir se présenter / lexique lié à la photographie et au contexte spécifique de la séance)

Les élèves de cette classe sont habitués à entendre l’anglais : présentation de plusieurs rituels en anglais par l’enseignant de la classe et présence d’une intervenante américainedans l’école). Une difficulté est toutefois survenue du fait de la différence d’accent. Les élèves ont dans l’ensemble très bien saisi son propos. Certains mots de vocabulaire important pour la compréhension de la présentation ont été repris : children ; camp ; refugees ; war . Et l’artiste a souhaité particulièrement insister sur le mot « freedom » en faisant le lien avec la devise de la France. L’anglais a continué d’être utilisé pour se présenter (my name is…) et pour décrire l’appareil photo, présent sur la table, en introduisant des termes techniques : camera ; lens ; trigger ; flash ; zoom ; to shoot.

©Manar Bilal – Camp de réfugiés (Zataary – Jordanie) 2014

Diala Brisly – cultural narratives

 Claude Canet defines culture as “the set of imaginary/symbolic forms that mediates the relationships of a subject to others and to himself, and more broadly to the group and the context; reciprocally these forms and structures mediate the relationships of the context, of the group to others and to the singular subject. This is how the individual who appropriates these forms by identifying with them, acquires a cultural identity.” [1]

This quote presents culture as a fundamental component of our lives that is continuously evolving with time, personal experience and perception of the world. Culture is made of cultures, which interact and interrelate with each other. For Elisabeth Brodin, such interculturality is a dynamic process “generated by the interactions between different cultures […] and by their changes and transformations”.[2] Culture is not fixed, it is constantly changing, moving and evolving.

Syrian artist Diala Brisly did experience a set of cultural changes when she was forced to leave her country in 2013. Her active support for the rebellion made her fear for her life and pushed her into exile. She moved from Syria to Turkey, to Lebanon and to France but although every place did transform her as well as her work, it also made her more aware of her cultural core. She committed herself to continue helping Syrian people, especially the children in refugee camps, who have no say in what is happening around them. These experiences helped her express her feelings, while focusing on identity and (multi)culture as an escape route to rebuild oneself.

When I moved to Istanbul, I had contradictory feelings about lots of things. I felt guilty and lonely not being in Syria. Later, when I came to Beirut, I was doing voluntary work with refugees and I was with friends. I could do things to distract myself.[5]

As a migrant, Brisly needed help, but was also convinced that artists can bring people together and bring change. Her work, characterised bright colours, became a mean to transport the children in a world of hope and lightness. She saw it as a way to flee the death of parents, of brothers and sisters, friends… to forget the destroyed houses, the harrowing journeys to cross borders and reach safety. She made art to understand the present and see towards a future – realistic but also (hopefully) happy. Now a refugee in France, Brisly still carries the terrible reality of Syria within herself and assumes it as a personal burden. However, she recognises the infinite potential of lightness. Although unable to get a visa to Lebanon, she still collaborates with a charity[7] working in refugee camps. Her painted canvasses, designed for the “school-tents” set up for children are aimed at creating a colourful corner in the grey and dusty environment of the camp. They make the place stand out and tempt the children into educational workshops. The idea is to provide a vision of life away from war, destruction, poverty and uncertainty in exile, while presenting the role of education as a mean to helping people work together, find hope and embrace diversity.

Diala Brisly, The Best Way to Build is Education (2019), © INSPE-CVL

Brisly’s stories are based on symbolic and recurrent figures that recall Syria (the olive trees and the poppies) and denounce the hopeless situation of Syrian children (the clouds, the broken homes, the child-bride, the child-soldier). They also refer to childish innocence (the balloon is a source of joy, the flower and the butterfly a picture of energy and beauty) and insist on the power of learning (books and pens). They talk about openness and diversity but also emphasise the isolated position of migrants – spatially and temporally – immobilised in a kind of purgatory, in a suspended space: a camp, a tent, a margin.

In an interview, Brisly said: “We don’t have a country, we don’t have a room”. And she may never get one. Born in Kuwait, grown up in Syria, she was forced to flee in 2013. She moved from place to place before obtaining refugee-status in France. She collaborates with artists and activist in Germany and Italy and may need to move again. She does not belong to a place and her art doesn’t either. Rejecting the “refugee art” label, she refuses to be obsessed with explosions, dead bodies and blood. She prefers to explore the fragile process towards accepting a life with no home.

Her art focuses on exchange, memory and understanding, while following a long and meandering path linked to childhood. It depicts a life that has gravity without gravity: a poetic view of exile suspended between lightness and heaviness, play and fear, which looks like a fable. She gives the same indirect narrative and distancing structure to her own living space, organised with small corners filled with objects that interact with each other and combine both memories and hopes.

Brisly’s stories expose a process that keeps on happening, with no consideration of duration. It is a process that shows a persistent and surviving memory in action. It also presents the time of childhood as an embodiment of the future and therefore particularly at stake within all conflicts and all historical transformations. Aimed at children, as well as at herself, her drawings support a wartime pedagogy that connects knowledge and history to the imagination and repairs every broken hope with playful associations and magical juxtapositions. It shows that objects have magical powers that can be used to realise the long-lost desire to fly. These objects –  kites, balloons, olive trees, birds, stars – interact with the daily reality of exile in offering safe places that have the ability to protect from the strangeness and the dangers of every new place and new situation.

Geneviève Guetemme

[1] Claude Canet, L’Interculturel, introduction aux approches interculturelles en Education et en Sciences Humaines, Toulouse, Presses Universitaires du Mirail, 1993.

[2] Elizabeth Brodin, Cours de didactique des cultures, M1 sciences du langage – didactique du FLE. Université Stendhal Grenoble 3, 2009.

[3] Giles Duley, Becoming the Story, 2011.

[4] Camille Houeix LTMI student – University of Orléans – 2020

[5] Diala Brisly, “Diala Brisly: Paintings of hope for Syria’s children”, BBC Magazine, 19 March 2016, https://www.bbc.co.uk/news/magazine-35847632

[6] Diala Brisly, “Diala Brisly: Paintings of hope for Syria’s children”, BBC Magazine, 19 March 2016, https://www.bbc.co.uk/news/magazine-35847632

[7] Zeltschule https://www.zeltschule.org/ (director Jacqueline Flory)