Migr’HOME – le « chez soi » en migration

Coordinatrice du projet : Geneviève Guétemme (Université d’Oréans)

Consortium international (en cours de construction) :

Delphe Kifouani – Université Gaston Berger de Saint-Louis (Sénégal)

Françoise Naudillon – Université Cocordia, Montréal (Canada)

Aneta Slowik – Université de Basse Silésie, Wroclaw (Pologne)

Mandy Stewart – Women University of Texas (US)

La notion du chez-soi convoque plusieurs réalités que l’actualité d’aujourd’hui rend plus complexes.
On pourrait décliner la notion de chez- soi comme porteuse d’une dimension publique, un lieu de vie qui participe de la relation avec les autres (famille, voisinage, communautés, société, pays). La notion de chez-soi convoque également l’importance de l’intimité et de la protection de l’individu, l’importance des objets symboliques et culturels, celle des souvenirs, des décors, des aménagements intérieurs, des espaces (ouverts ou fermés) qui eux, participent de la mise en scène de soi, un territoire personnel participe à la construction du « je », mais aussi à l’affirmation du « nous ».
Enfin, la dimension culturelle du chez-soi revêt une importance fondamentale quand son chez-soi est chez les autres. La nécessité de se construire un nouveau chez-soi à cause d’un départ voulu ou forcé ajoute une complexité qu’il faut aussi appréhender.
Et que devient le chez-soi quand il vous a été retiré ou spolié ?
Ces remarques seraient incomplètes si elles n’intégraient pas la dimension postcoloniale. La France ou le Canada (et d’autres pays comme les États-Unis, l’Australie ou le Brésil) , sont des pays nés de la colonisation et dont les territoires autochtones ont été spoliés. Pour le Canada, en 2015,  la Commission de vérité et de réconciliation (CVR) soulignait spécifiquement la nécessité de présenter aux immigrants au Canada « une histoire plus inclusive des divers peuples autochtones du Canada, y compris des informations sur les traités et l’histoire des pensionnats », et de reconnaitre l’importance du rôle des peuples autochtones (Premières Nations, Inuits et Métis) dans la prise de décision concernant les questions qui pourrait les affecter. On constate d’une part que les itinérants sans-abri sont surreprésentés parmi les autochtones au Canada et d’autre part que la spoliation des terres pendant la colonisation était bien plus qu’un vol. Les Peuples autochtones entretiennent en effet une relation privilégiée avec leurs terres ancestrales et en font un élément central dans le vécu de leur identité. En se basant sur une perception holistique de l’environnement, les Peuples autochtones considèrent l’esprit et la matière comme étant sur un même pied d’égalité, se percevant comme partie du territoire . Le territoire est un chez-soi et , comme nous prévient la poète Natasha Kanapé-Fontaine : N’entre pas dans mon âme avec tes chaussures . Le paradoxe vient du fait que la question autochtone au Canada est souvent traitée comme celle des migrants or les autochtones. « Nous ne sommes pas des immigrants et nous ne voulons pas faire partie de la catégorie des nouveaux arrivants, comme si nous n’étions pas là auparavant », affirme par exemple Mélanie Boivin, directrice générale du Centre d’amitié autochtone du Lac-Saint-Jean .
Parler de territoire pour les autochtones, « c’est parler d’un processus d’identification vis-à-vis d’une terre, vis-à-vis d’un mythe fondateur, mais également vis-à-vis de “réseaux de lieux sacrés”.
Une interrelation magique entre l’homme et son territoire s’est donc tissée progressivement au fil des âges : le territoire façonne autant l’homme que l’homme le dessine. L’homme modèle le territoire aussi bien d’un point de vue symbolique que concret  ». Dans ce contexte postcolonial, les divers mouvements indépendantistes revendiquent une récupération d’un chez-soi chez nous.

The notion of HOME brings together several realities that today’s current events make more complex.

We could define the notion of home as having a public dimension, a living space that contributes to relationships with others (family, neighborhood, communities, society, country). The notion of home is also linked to the idea of privacy and individual protection. It relates to symbolic and cultural objects, memories, decor, interior design, and spaces (open or closed) that present personal territory contributes to the construction of the « I, » as well as the affirmation of the « we. »

That’s why the cultural dimension of home takes on fundamental importance when one’s home is with others. And what happens to your home when it has been taken away or robbed?

These remarks would be incomplete without incorporating the postcolonial dimension. France and Canada (and other countries such as the United States, Australia, or Brazil) are countries born of colonisation and whose indigenous territories were dispossessed. For Canada, in 2015, the Truth and Reconciliation Commission (TRC) specifically emphasised the need to present immigrants to Canada with “a more inclusive history of the diverse Indigenous peoples of Canada, including information on treaties and the history of residential schools,” and to recognise the important role of Indigenous peoples (First Nations, Inuit, and Métis) in decision-making on issues that could affect them. On the one hand, we note that homeless people are overrepresented among Indigenous peoples in Canada, and on the other hand, land dispossession during colonisation was much more than theft. Indigenous peoples maintain a special relationship with their ancestral lands and make them a central element in the experience of their identity. Based on a holistic perception of the environment, Indigenous peoples consider spirit and matter to be on an equal footing, perceiving themselves as part of the territory. The territory is a home and, as the poet Natasha Kanapé-Fontaine warns us: “Don’t enter my soul with your shoes on”. The paradox comes from the fact that the Indigenous question in Canada is often treated like that of migrants or Indigenous peoples. « We are not immigrants and we do not want to be part of the newcomer category, as if we were not here before, » says, for example, Mélanie Boivin, executive director of the Lac-Saint-Jean Native Friendship Centre.

The selected presentations will explore the interrelationship between man and his territory has thus gradually developed over the ages: the territory shapes man as much as man designs it.

Journée d'étude 1 : Chez soi sans chez nous

Le 8 novembre 2025 – en ligne

Journée internationale organisée par l’université de Concordia (Montréal, Canada)

Cette journée d’étude propose un focus sur le chez soi des peuples autochtones du Canada et sur le continent africain où le nombre de personnes déplacées de force par les conflits et les régimes répressifs a augmenté en 2024 pour la treizième année consécutive, dépassant les 45 millions de personnes. Avec 3 % de sa population totale déplacée de force, l’Afrique compte à la fois une part et un nombre absolu de personnes déplacées de force plus importants que n’importe quelle autre grande région du monde

Programme

10h25 : ouverture (heure française)

ATELIER 1- Chez soi sans chez nous en Afrique

  • 10h 30- 10h55 :  Moussa SAMAKE –  Université Gaston Berger, Saint Louis du Sénégal. « Créer un chez-soi loin de chez-l’autre : Dynamiques sociales et communautaires des étudiants maliens au Sénégal »
  • 10h55- 11h20 : Efua Irene AMENYAH SARR – Université Gaston Berger Saint Louis du Sénégal. « Le chez soi dans la construction de l’identité professionnelle en milieu éducatif »
  • 11h20 – 12h: Frédérique Louveau – Université Gaston Berger, Saint Louis du Sénégal : Le Chez-soi du Nord au Sud: expériences d’ancrages. 

ATELIER 2 – Chez soi sans chez nous au cinéma

  • 12h-12h30 : Delphe Kifouani – Université Gaston Berger, Saint Louis du Sénégal. « Le chez-soi du père comme expérience punitive du fils rebelle dans Wallay de Berni Goldblat »
  • 12h30-13h : Sellou Diallo – Université Gaston Berger, Saint Louis du Sénégal. Frontières du chez-soi et invention des mondes numériques dans 75000 Dollars et Né vers… de Moïse Togo.

ATELIER 3 – Le chez soi sans chez nous pour  les autochtones du Canada

  • 14h30- 14h55 – Geneviève Guétemme – Université d’Orléans : « La porte de l’antichambre : deux représentations artistiques du chez soi autochtone« 
  • 14h55- 15h20 – Francoise Naudillon – Université Concordia, Montréal, Canada. « Le chez-soi volé des Autochtones au Québec »

15h45-16h10 : conclusion

Journée d'étude 2 : le chez soi dans le cadre des migrations intra-africaines.

Journée internationale organisée par le laboratoire CRECIREA de l’universitée de Saint-Louis du Sénégal.

Cette journée s’appuie sur les études filmiques pour présenter les mouvements de population à l’intérieur du continent Africain. Il s’agit de faire émerger les imaginaires du « chez soi en migration » (émotionnel, mémorisé, rêvé) exprimé par des migrants qui « restent » en Afrique. Les supports analysés introduisent des récits de vie qui conduisent à quitter les représentations abstraites, tout en permettant d’observer des modes de citoyenneté en tensions : entre expériences personnelles, allégeances idéologiques et politiques identitaires.

Journée d'étude 3 : habiter les frontières